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COMPTES RENDUS

HEBDOMADAIRES

DES SÉANCES DE L'ACADÉMIE DES SCIENCES.

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PARIS. IMPRIMERIE DE MALLET-BACHELIER, rue du Jardinet , 1 2.

COMPTES RENDUS

HEBDOMADAIRES

DES SÉANCES

DE L'ACADÉMIE DES SCIENCES,

PUBLIKS

CONFORMÉMENT A UNE DÉCISION DE L'ACADEMIE

oit 3at« 3a <3 duvXet <i885 ,

PAR MM. LES SECRÉTAIRES PERPÉTUELS.

TOME TRENTE -CINQUIEME.

JUILLET - DÉCEMBRE 1852

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PARIS,

BACHELIER, IMPRIMEUR-LIBRAIRE

DE L'ÉCOLE POLYTECHNIQUE, DU BUREAU DES LONGITUDES, ETC.

Quai des Augustins, 55. 1852

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COMPTE RENDU

DES SÉANCES

DE L'ACADÉMIE DES SCIENCES

SÉANCE DU LUNDI 5 JUILLET 1852.

PRÉSIDENCE DE M. PIOBERT.

MEMOIRES ET COMMUNICATIONS

DES MEMBRES ET DES CORRESPONDANTS DE L'ACADÉMIE.

météorologie. Sur un cas de foudre globulaire ; par M. Cabinet.

« Dans sa Notice sur le tonnerre, insérée dans X Annuaire du Bureau des Longitudes pour i838, M. Arago a désigné par le nom d'éclairs de troisième classe des météores fulminants qui diffèrent de la foudre ordi- naire en plusieurs points, et notamment par la lenteur de leur marche, leur éclat moins éblouissant, et enfin par leur indifférence apparente pour les conducteurs métalliques, que la foudre ordinaire suit avec tant de fidélité. Je n'hésite pas à déclarer que je regarde comme une véritable découverte l'éta- blissement de toute cette classe de foudres d'après les faits historiques. C'est un grand pas fait dans la science de l'électricité météorique, puis- qu'on devra chercher à part à expliquer et à reproduire ces curieux phéno- mènes; tandis qu'en les laissant confondus avec les éclairs des deux premières classes, ils mettaient en défaut toutes les théories déduites du mode d'action de l'électricité de nos machines. J'ajouterai que ces foudres, désignées souvent, depuis la Notice de Y Annuaire, par les noms de ton- nerre en boule, tonnerre en globe de feu, foudre globulaire, globe fulmi- nant, sont probablement plus fréquentes qu'on ne l'admettait avant leur découverte par M. Arago, parce qu'autrefois on ne faisait pas suffisamment

C. R. t85a, 2">« Semestre. ! T. XXXV, N" 1.) '

( o

attention à un phénomène non encore reconnu comme espèce particulière. Probablement encore, dans plusieurs orages électriques, les coups de fou- dres ordinaires se compliquent de la présence de foudres globulaires. Enfin je dirai que, malgré bien des réflexions sur ce singulier météore, et bien des conversations avec les physiciens les plus habiles en électricité, je n'ai imaginé aucune expérience de cabinet qui pût faire espérer de reproduire ces phénomènes si extraordinaires $ électricité à lente transmission.

» L'objet de cette Note est de mettre sous les yeux de l'Académie un des cas de foudre globulaire que l'Académie m'avait chargé de constater il y a quelques années, et qui avait frappé non en arrivant, mais en se retirant, pour ainsi dire, une maison située rue Saint-Jacques, dans le voisinage du Val-de-Grâce, et à une distance telle, qu'il semblait qu'elle eût être préservée de tout accident de ce genre par le haut paratonnerre qui sur- monte le dôme de l'église du Val-de-Grâce. Voici en peu de mots le récit de l'ouvrier dans la chambre duquel le tonnerre en boule descendit pour remonter ensuite. Après un assez fort coup de tonnerre, mais non immé- diatement après, cet ouvrier, dont la profession est celle de tailleur, étant assis à côté de sa table et finissant de prendre son repas, vit tout à coup le châssis garni de papier qui fermait la cheminée s'abattre comme renversé par un coup de vent assez modéré, et un globe de feu gros comme la tète d'un enfant sortir tout doucement de la cheminée, et se promener lente- ment par la chambre à peu de hauteur au-dessus des briques du pavé. L'aspect du globe de feu était encore, suivant l'ouvrier tailleur, celui d'un jeune chat de grosseur moyenne pelotonné sur lui-même et se mouvant sans être porté sur des pattes. Le globe de feu était plutôt brillant et lumi- neux qu'il ne semblait chaud et enflammé, et l'ouvrier n'eut aucune sensa- tion de chaleur. Ce globe s'approcha de ses pieds comme un jeune chat qui veut jouer et se frotter aux jambes, suivant l'habitude de ces animaux; mais l'ouvrier écarta les pieds, et par plusieurs mouvements de précaution, mais tous exécutés, suivant lui, très-doucement, il évita le contact du mé- téore. Celui-ci parait être resté plusieurs secondes autour des pieds de l'ou- vrier assis, qui l'examinait attentivement penché en avant et au-dessus. Après avoir essayé quelques excursions dans divers sens sans cependant quitter le milieu de la chambre, le globe de feu s'éleva verticalement à la hauteur de la tète de l'ouvrier, qui, pour éviter d'être touché au visage, et en même temps pour suivre des yeux le météore, se redressa en se renver- sant en arrière sur sa chaise. Arrivé à la hauteur d'environ i mètre au- dessus du pavé, le globe de feu s'allongea un peu et se dirigea obliquement

vers un trou percé dans la cheminée environ à i mètre au-dessus de la tablette supérieure de cette cheminée.

» Ce trou avait servi à faire passer le tuyau d'un poêle qui pendant l'hiver avait servi à l-'ouvrier. Mais, suivant l'expression de ce dernier, le tonnerre ne pouvait le voir, car il était fermé par du papier qui avait été collé dessus. Le globe de feu alla droit à ce trou, en décolla le papier sans l'endommager et remonta dans la cheminée; alors, suivant le dire du témoin, après avoir pris le temps de remonter le long de la cheminée du train dont il allait, c'est-à-dire assez lentement, le tonnerre, arrivé au haut de la che- minée, qui était au moins à 20 mètres du sol de la cour, produisit une explosion épouvantable qui détruisit une partie du faîte de la chemi- née et en projeta les débris dans la cour; les toitures de plusieurs petites constructions furent enfoncées, mais il n'y eut heureusement aucun accident. Le logement du tailleur était au troisième étage et n'était pas à moitié de la hauteur de la maison; les étages inférieurs ne furent pas visités par la foudre et les mouvements du globe foudroyant furent toujours lents et non saccadés. Son éclat n'était point éblouissant, et il ne répandait aucune chaleur sensible. Ce globe ne paraît pas avoir eu de la tendance à suivre les corps conducteurs et à céder aux courants d'air.

» Pour terminer ceci et pour revenir à l'opinion énoncée plus haut, que dans les orages il peut quelquefois arriver qu'il y ait des foudres globulaires mêlées aux éclairs foudroyants ordinaires, je citerai l'exemple d'une maison située près de l'avenue du Maine, rue Lebouis, qui pendant l'automne de i85o fut frappée par un immense coup foudroyant qui l'enveloppa et laissa partout des traces de son passage à l'extéiieur. La couverture était en zinc et le faîte de tous les murs était recouvert en métal. De nombreux tuyaux métalliques pour la conduite des eaux formaient, avec les toits cou- verts en métal, un admirable système de préservation; il n'y eut intérieu- rement aucun dégât, mais, après le premier coup de foudre, une seconde explosion endommagea l'un des coins du mur au-dessous du revêtement métallique qui le couvrait intérieurement : c'était sans doute un tonnerre en boule dont les masses conductrices n'avaient point préservé le mur. Au reste, le but de cette Note étant de rendre les observateurs attentifs à ces foudres globulaires, je m'abstiendrai ici de tout essai de théorie sur les fulminations électriques ou chimiques, aussi bien que sur les fusions froides et chaudes des métaux foudroyés. »

1. .

(4) . .

météorologie. Note relative à la communication faite par M. Renon, sur l'excès de la température moyenne des rivières au-dessus de la température moyenne' de V air ambiant ; par M. Babixet.

« L'observation de M. Renou [Comptes rendus, 14 juin i85a), en sup- posant qu'on puisse la généraliser, offre un fait très-curieux et très-inat- tendu, mais qui se prête, il me semble, à une explication naturelle. On sait que dans les pays à pluies d'été prépondérantes, les sources ont une tem- pérature moyenne supérieure à la moyenne de l'air. C'est le contraire pour les pays à pluies d'hiver. Mais cette différence est peu de chose. En Angle- terre, la fréquence et la continuité des pluies rend la moyenne tempéra- ture des sources égale à celle de l'air. On aurait donc été tenté de trans- porter ces notions aux rivières, et même, en tenant compte de l'évaporation et de cette circonstance importante que la source des rivières est toujours dans une localité d'un niveau supérieur et partant plus froide, on était dis- posé à conclure que dans une portion quelconque de leur cours les rivières devaient avoir une température inférieure à celle de l'air en ce lieu. Ces causes de réfrigération me semblent toujours devoir être admises comme influentes; mais il est une cause de chaleur qui se manifeste en mille autres circonstances, et qui semble prédominer ici. Je veux parler de la concen- tration et de l'accumulation des rayons du soleil quand, après avoir tra- versé à l'état de chaleur solaire un milieu ou une atmosphère diaphane, ils se présentent pour rayonner et sortir au travers de ce même milieu à l'état de chaleur terrestre. Tout le monde connaît l'effet de l'atmosphère pour élever la température du globe au-dessus de ce qu'elle serait sans la pré- sence de cette atmosphère. On connaît aussi l'expérience de Saussure et celle de Sir John Herschel, et tous les jours dans nos jardins, nous voyons une cloche en verre posée sur le sol en plein soleil élever considérablement la température du terrain qu'elle recouvre ; car les rayons solaires introduits et accumulés ne peuvent plus franchir de nouveau l'enceinte de verre pour s'échapper, lorsqu'ils se sont transformés en rayonnements terrestres. Le cas observé par M. Renou me semble tout à fait analogue et avoir pour cause l'introduction sans retour des rayons solaires dans l'eau de. la rivière •dont ils vont frapper le fond, au travers de l'épaisseur du courant, car ce milieu est perméable aux rayons de chaleur solaire, mais il oppose un obstacle presque complet à la sortie de ces mêmes rayons une fois qu'ils sont devenus chaleur et rayonnements terrestres.

»' Sans étendre davantage cette Note, je dirai que l'excès de température

( 5) des rivières provient : de ce que dans l'hiver toutes les sources et filtra- tions affluentes à une rivière y apportent de l'eau à une température supé- rieure à celle de l'air; et que dans l'été, l'absorption des rayons solaires qui pénètrent la nappe d'eau sans pouvoir en ressortir, élève aussi dans' cette saison la température de la rivière. Pour ces deux causes et nonob- stant lès causes contraires, on doit observer un excès de température dans le milieu soumis à ces influences. Il restera à examiner si cette explication se prête à toutes les particularités relatives aux saisons, à la profondeur du lit, à son étendue et, enfin, aux effets connus des changements d'altitude et de latitude des diverses rivières en divers points de leur cours, soit qu'elles doivent leur origine à des localités marécageuses, à des sources ou à des glaciers (i). »

MÉTÉOROLOGIE. Remarque de M. Fave sur la communication précédente de M. Babinet, et extrait d'une Lettre de M. E. Renou.

« La Note dont notre savant confrère vient de donner lecture montre bien l'importance des phénomènes météorologiques signalés par M. E. Renou, et communiqués par moi, en son nom, à l'Académie, dans une de ses der- nières séances. Mais il est de mon devoir de dire à l'Académie que l'expli- cation proposée par M. Babinet n'avait point échappé à l'auteur. M. Renou a fait plus encore, il a suivi et. vérifié, par près de quatre années d'obser- vations, l'action de la cause à laquelle il attribue la surélévation de tempé- rature des rivières, jusque dans le détail des variations diurnes de cette température.

» J'avais supprimé la partie théorique de la communication de M. Renou, afin de rester dans les limites imposées par le Règlement des Comptes rendus; mais je puis ici la rétablir, sinon dans toute son étendue (2), du inoins d'une manière assez complète pour mettre la pensée de l'auteur dans tout son jour, en attendant qu'il lui donne de plus amples dévelop- pements par la publication de ses longs et consciencieux travaux météoro- logiques.

(1) Dans la zone torride, l'effet indiqué dans cette Note doit être immense et semble jus- tifier l'expression de Lucain sur la chaleur des eaux du Nil au-dessus de l'Egypte. Nilum videre calentem. Tous les amateurs de natation savent aussi avec quelle rapidité s'échauffent les rivières par quelques jours de soleil.

(2) Mes papiers ayant été mis en désordre par un déménagement récent, je n'yi nu retrouver dans son entier la Note qui m'avait été remise par M. Renou.

( 6 )

« Quand on observe le Loir d'une manière suivie, disait M. Renou, on

» reconnaît que lorsque la température de l'air est de 5 à 6 degrés au-

» dessus de celle de la rivière, celle-ci ne s'échauffe que de quelques cen-

•» tièmes de degré par heure; le soleil se montre-t-il, quand même l'air est

» plus froid que l'eau, la température de celle-ci s'élève de plusieurs

» dixièmes. Cette différence d'action suffit pour faire comprendre l'excé-

» dant de température indiqué par la rivière.

» Un autre fait me paraît bien digne de remarque : il arrive très-sou-

» vent que la température de l'air étant, par exemple, io degrés, celle de

» la rivière 1 3 degrés, et le temps couvert, on voit la température de la

» rivière s'élever de plusieurs dixièmes de degré dans la journée ; on voit

» donc que la chaleur solaire traverse assez une couche épaisse de nuages

» pour influencer directement la température de la rivière. »

paléontologie. Note sur les fouilles que l'Administration du Muséum d'Histoire naturelle vient de faire exécuter dans la colline de Sansan, département du Gers, sous la direction de M. Laurillard; par M. Duveknoy.

« Le Compte rendu delà séance de l'Académie du 2 juin 1 85 1 renferme une Lettre (1) que venait de m'adresser M. Laurillard, envoyé à Sansan par l'Administration du Muséum d'Histoire naturelle, pour y continuer les fouilles commencées par M. Lartet, dès la fin de 1 834, dans la colline fos- silifère que les découvertes de ce savant paléontologiste ont rendue célèbre. On sait que cette colline, dont la superficie est d'environ l\ hectares, a été acquise au domaine public par une loi rendue en août 1847, sur. la pro- position de M. de Salvandy, alors Ministre de l'Instruction publique, y compris une maison construite sur son sommet, pour la somme de 5 5oo francs (2). Notre honorable collègue M. Constant Prévost avait sin- gulièrement contribué, par ses démarches, à cette acquisition. Durant une tournée géologique qu'il avait faite dans les Pyrénées en 1 845 , il s'était convaincu de l'importance des découvertes qui pourraient être faites dans ce terrain fossilifère ; par celles que les fouilles faites sous la direction de M. Lartet, qui ne comprenaient que la vingtième partie du terrain à explorer, avaient produites.

(1) Tome XXXII, page 344.

(2) Voir, à ce sujet, la Notice sur la colline de Sansan , par M. Ed. Lartet, année i85i.

(7) .

» La première campagne d'exploration de M. Laurillard, dont l'Aca- démie connaît déjà une partie des résultats, par la Lettre que je viens de lui rappeler, qui est datée du 16 mai i85r, s'est terminée à la fin de juin. La seconde moitié du temps consacré à ces fouilles a été intéressante, entre autres, par la découverte de deux têtes de Mastodontes , dont la plus grande est de l'espèce à long museau.

» Occupé, encore cette année, de ces intéressantes recherches, pendant les trois mois qui viennent de s'écouler, et par suite d'une nouvelle mission que l'Administration du Muséum d'Histoire naturelle lui avait confiée, M. Laurillard m'a adressé successivement, dans sa correspondance, les principaux résultats des fouilles qu'il a fait faire.

» En attendant un travail raisonné et comparatif sur les nombreux osse- ments que ces fouilles ont mis au jour, je demande la permission à l'Aca- démie de lui en communiquer une indication succincte.

» Ils ne comprennent, à la vérité, aucune espèce nouvelle, à en juger du moins par un premier aperçu; c'est-à-dire qui n'ait déjà été signalée, par quelques-uns de ses ossements, dans le Catalogue de cette faune ter- tiaire myocène, publié par M. Lartet.

» Mais des morceaux plus nombreux, plus caractéristiques, lèveront les doutes qui avaient pu rester dans l'esprit de plusieurs paléontologistes, sur l'exacte détermination des espèces auxquelles ces restes ont appartenu.

» Dans sa Lettre du 3 mai, M. Laurillard m'écrivait : « J'ai déjà des mor- » . ceaux qui ont de la valeur, entre autres une tête de Rhinocéros tetra- » dactyle (formant le genre Aceroterium de M. Kaup) aussi complète, et » peut être plus complète que celle du Rhin, sansaniensis , exposée dans la » galerie paléontologique du Muséum.

» J'espère qu'elle démontrera aux plus incrédules l'erreur de J'opinion » de M. de Blainville, qui regardait le tetradactjle comme la femelle du y R. sansaniensis.

» La forme générale de la tète, celle des os du nez en particulier qui ne » portaient pas de corne, sont très-différentes; sans parler de la plus grande » taille de cette espèce, dont la tête était d'un quart plus forte que celle du » sansaniensis.

» Je pourrais encore citer les différences que présentent les dents, dont » on n'a pas tenu compte.

» J'ai une très-belle défense de Mastodonte, la pareille, je crois, de celle » de l'année dernière; plusieurs dents molaires également de Mastodontes; » deux fémurs, un bassin, quelques vertèbres, etc., etc. »

( 8 )

» La dernière Lettre de M. Laurillard, qui est du a4 juin dernier, m'an- nonce la fin de sa seconde campagne d'exploration.

» Voici comment il s'exprime sur ses produits ;

« J'ai un nombre considérable de dents de Mastodontes isolées, une » douzaine de demi-mâchoires inférieures, deux bassins, cinq fémurs, » trois grandes défenses et plusieurs petites.

» Outre ma belle tête de Rhinocéros, j'ai plusieurs os du squelette, » entre autres deux bassins.

» J'ai en outre plusieurs os du Palœotherium equinum et du Macro- » theriwn.

» Je crois que nous pourrons essayer de monter un squelette de Masto- » donte, car le bassin et les fémurs que j'apporte ont été trouvés sur la » même ligne que la tête, les omoplates et les humérus déterrés l'année » dernière; ce qui me fait penser que tout cela fait partie d'un même sque- » lette. »

» Je terminerai ma Note en ajoutant que ce squelette, une fois monté, de Mastodonte originaire de France, sera l'une des plus instructives et des plus intéressantes démonstrations des animaux qui ont vécu dans notre contrée, bien avant ceux qui l'habitent en ce moment et, selon toutes les données actuelles de la science, hors de la présence et de la puissance de l'homme. »

M. Chasles fait hommage à l'Académie du volume qu'il vient de publier sous le titre de Traité de Géométrie supérieure. Invité par M. Arago, Secrétaire perpétuel, à indiquer succinctement quelques points principaux par lesquels cet ouvrage, nouveau par le titre, peut l'être aussi à d'autres égards, M. Chasles s'exprime à peu près ainsi :

« Ce qui caractérise essentiellement et. détermine l'esprit dans lequel l'ouvrage a été conçu, c'est ¥ uniformité de la méthode, c'est-à-dire des pro- cédés généraux de démonstration, et la portée de ses applications.

» Cette méthode donne à. la Géométrie, sous deux points de vue diffé- rents, un degré de généralité et d'abstraction qui rapproche ses conceptions et sa marche de celles de l'Analyse, et sous un troisième point de vue, une généralité qui lui est propre.

» Les deux premiers points de vue consistent dans la généralité dont sont empreints tous les résultats de la Géométrie analytique, l'on ne fait acception ni des différences de positions relatives des diverses parties dune figure, ni des circonstances de réalité ou d'imaginante des parties qui, dans

(9) la construction générale de la figure, peuvent être, indifféremment, réelles ou imaginaires.

» Ce caractère spécifique de l'Analyse, qui manque en général dans les spéculations de la Géométrie pure, se trouve dans le Traité de Géométrie supérieure.

» D'une part, on y fait usage, d'une manière générale et systématique, du principe des signes pour marquer la direction des segments et des an- gles ; de sorte que toutes les relations qui constituent les propriétés d'une figure s'y trouvent démontrées dans un état de généralité et d'abstraction qui permet de les appliquer, comme en Analyse, à tous les cas que peut présenter la diversité de position relative des différentes parties de la figure, et sans lequel ces relations n'exprimeraient souvent que des propo- sitions incomplètes.

» Si cet avantage n'a pas lieu, en général, dans les spéculations géomé- triques, c'est que les propositions qui forment, le plus ordinairement, les éléments de démonstration, ne comportent pas l'application du principe des signes. Telles sont : la proposition du carré de l'hypoténuse, celle de la proportionnalité des côtés homologues dans les triangles semblables, celle encore de la proportionnalité, dans tout triangle, des côtés aux sinus des angles opposés ; propositions il n'y a point lieu d'appliquer la règle des signes, puisque les segments que l'on y considère sont formés sur des lignes différentes, et les angles autour de sommets différents.

)> Au contraire, les procédés de démonstration employés dans le pré- sent ouvrage s'appuient sur des propositions qui impliquent toujours par elles-mêmes le principe des signes, et qui le conservent et le transmettent dans toutes les déductions résultant de leur combinaison synthétique, comme cela a lieu en Géométrie analytique. Ce qui fait que les formules, ou relations d'angles et de segments, se trouvent démontrées dans l'état de généralité et d'abstraction désirable.

» D'une autre part, au moyen de certaines propositions qui comportent des équations du second degré, on considère les imaginaires absolument comme en Analyse ; c'est-à-dire que les démonstrations s'appliquent aux cas certaines parties de la figure (comme, par exemple, les deux tan- gentes menées par un point à un cercle, ou les deux points d'intersection d'un cercle par une droite), se trouvent imaginaires ; cas dans lesquels les méthodes ordinaires peuvent faire défaut, et l'on a recours au principe de continuité.

» On ne fait pas usage, dans le présent ouvrage, de ce principe, qui peut

G. R., l85î. 3me Semestre. (T. XXXV, 1.) 2

( M )

être d'un secours précieux dans certaines circonstances, mais qui, par plusieurs raisons indiquées dans la préface, ne pouvait répondre aux vues suivant lesquelles on a cru devoir traiter ici la Géométrie.

» La généralité qu'implique le troisième point de vue se rapporte aux deux genres de propositions qu'il y a à distinguer en Géométrie ; savoir : celles qui concernent des points, et celles qui concernent des droites ; par exemple, celles qui concernent les points d'une Section conique, et celles qui concernent les tangentes. Généralement, surtout en Géométrie ana- lytique, les propositions concernant des points se démontrent plus aisé- ment que celles qui concernent des droites, et l'on a coutume de conclure, dans beaucoup de cas, celles-ci des premières, par les méthodes de trans- formation. Dans le Traité de Géométrie supérieure, les unes et les autres se démontrent avec une égale facilité. Cela provient de ce que les propositions qui constituent la méthode mise en usage, concernent, au même titre à tous égards, des systèmes de droites et des systèmes de points.

» Ces propositions donnent lieu, dans leur coordination méthodique, à trois théories distinctes, quoique dérivées d'une même proposition fonda- mentale, et qui se font suite naturellement. Ces trois théories sont appelées théories du rapport anharmonique , des divisions et desjaisceaux homogra- phiques, et de Yinvolution.

» Pour ne pas abuser des moments de l'Académie, on n'entrera point ici dans les explications qui seraient nécessaires pour donner une idée de ces trois théories et des causes de la facilité et de la fréquence de leurs usages dans toutes les parties de la Géométrie ; on ne présentera point non plus une analyse des applications qu'on en a faites dans le cours de l'ou- vrage. »

NOMINATIONS.

L'Académie procède, par la voie du scrutin, à la nomination d'un Académicien libre en remplacement de feu M. le Maréchal Marmont, Duc de Raguse.

Au premier tour de scrutin, le nombre des votants étant 48,

M. Bienaymé obtient 38 suffrages..

M. Vallée p/

M. Dubois (d'Amiens). ... i M. Bienaymé, ayant réuni la majorité absolue des suffrages, est proclamé élu. Sa nomination sera soumise à l'approbation du Président de la République.

( I> )

MEMOIRES LUS.

CHIMIE APPLIQUÉE. Recherches a" hématologie ; par M. Lecanu. (Extrait par l'auteur.)

(Commissaires, MM. Thenard, Dumas, Andral.)

« Les expériences relatées dans le Mémoire que j'ai l'honneur de déposer sur le bureau de l'Académie ont eu pour objet : la détermination de l'ori- gine de la fibrine; la recherche d'un moyen de débarrasser les globules du liquide séreux qui les tient en suspension dans le sang vivant; l'analyse des globules sanguins, à l'état de pureté. En voici les principaux résultats :

» i°. Lorsqu'après avoir reçu directement dans une dissolution de sul- fate de soude saturée à la température de -+- \i degrés, le sang sortant de la veine d'un homme, d'un bœuf ou d'un mouton, on fdtre au papier le mélange dans lequel les globules se sont conservés intacts, le filtre retient ces globules, tandis qu'il laisse passer un liquide salino-séreux légèrement jaunâtre, susceptible de se maintenir limpide tant que la putréfaction ne s'en empare pas.

» Mais, si on l'étend de sept à huit fois son volume d'eau, il' ne tarde pas à se prendre en une masse tremblante, tout à fait semblable à la gelée de pommes, laquelle placée sur une toile abandonne un liquide chargé d'albumine, s'y convertit en une sorte de glaire, et finit, après qu'on l'y a comprimée, par laisser dans le tissu de la fibrine incolore, translucide et quelque peu nacrée, à la façon de la colle de poisson, dite en lyre.

» Les globules lavés à l'eau saline n'en fournissent, au contraire, pas. De cette expérience facile à répéter, en tout temps et en tous lieux, sur des masses de sang qui permettent de remplir de gelées, des terrines, et d'obte- nir, en une seule opération, plusieurs grammes de fibrine, je crois pouvoir tirer les conséquences suivantes :

» La fibrine du sang spontanément coagulé ou battu, ses analogues, la couenne inflammatoire, les fausses membranes du croup, etc., proviennent exclusivement de la portion liquide du sang en circulation;

» Les globules du sang spontanément coagulé ou battu représentent, sans modification de composition, les corpuscules rouges du sang vivant des animaux des classes supérieures : à son tour, le sérum de l'un et de' l'autre, plus la fibrine, en représentent la portion liquide;

» L'apparition de la couenne inflammatoire, dans certaines conditions

2..

( i»-)

pathologiques, peut coïncider avec la présence, dans le sang, d'une pro- portion normale de fibrine, pourvu que la quantité d'eau y ait augmenté dans un certain rapport.

» 20. Des lavages prolongés et convenablement faits, à l'eau chargée de sulfate de soude, débarrassent les globules sanguins du liquide séreux qui les avait tenus en suspension pendant la vie, et plus tard se trouvait les imprégner à la manière d'épongés, les en débarrassent, dis-je, à tel point que les liqueurs de lavage non-seulement cessent de se troubler à la tem- pérature de l'ébullition, d'être précipitées par l'acide azotique, le bichlorure de mercure, le tannin, mais encore fournissent, par l'évaporation, un résidu que la calcination ne noircit pas.

» Si l'on fait alors agir l'eau pure, ces globules, qu'avait respectés la dis- solution saline, sont presque immédiatement détruits; l'eau passe au tra- vers du filtre rouge, de sang, chargée d'hématosine, de matières albumi- neuses et autres. D'où me paraît résulter, pour ces globules, la preuve de l'existence d'enveloppes imperméables à l'eau chargée de sulfate de soude, par analogie, à la partie liquide du sang vivant; incapables, en outre, de se déchirer sous l'influence de ces deux liquides, ainsi qu'elles le font sous l'influence de l'eau pure;

» De principes Constituants indépendants, et peut-être tous différents par leur nature, de ceux que contient le liquide qui les tenait en sus- pension.

» 3°. Les globules purs contiennent :

» Des matières extractives, grasses, salines, de l'albumine, que rien ne distingue de celles du sérum ; de la globuline, matière albunhneuse particulière, que sa solubilité dans l'alcool à io degrés bouillant, la pro- priété de former avec l'eau froide une dissolution que ne trouble pas le sous-acétate de plomb, distinguent de l'albumine ordinaire, et qu'on ne retrouve ni dans le sérum, ni dans le blanc d'œuf ; une matière fibri- neuse, distincte de la fibrine : sa disposition en vessie, ou plutôt en petits sacs membraneux ; son aspect nacré, rappelant celui des globules sanguins s'agitant au soleil dans l'eau saline; sa résistance prononcée à l'action dissol- vante des alcalis caustiques, porteraient à penser qu'elle est la véritable ma- tière des enveloppes; de l'hématosine, ou principe colorant particulier» dont le fer est l'un des éléments : elle forme un peu plus des j^ du poids des globules supposés secs; de l'eau. La présence de l'eau dans les glo- bules du sang, jusqu'à ce jour admise par simple induction, et parce qu'elle rendait parfaitement raison des incessantes déformations qui leur per-

( «3 ).

mettent de se prêter à toutes les exigences de la circulation, peut être constatée expérimentalement.

» En effet, du moment l'eau, saturée de sulfate de soude, permet d'entraîner la sérosité qui les imprègne sans les pénétrer, sans leur rien enlever de leur propre substance, on sent que les globules, s'ils contiennent en réalité de l'eau de constitution, devront, par la dessiccation, perdre une quantité d'eau supérieure à celle provenant de l'eau saline qui se trouvait les mouiller après les lavages, et que fera connaître le poids du sulfate de soude retenu par le produit de la dessiccation, auquel l'eau l'enlèvera.

» En moyenne, les globules du sang de bœuf contiendraient un tiers de leur poids d'eau.

» L'eau, l'albumine, les matières extractives, grasses et salines qu'on y rencontre, doivent constituer, à l'intérieur des globules, un véritable sérum hydratant, liquéfiant peut-être leur hématosine et leur globuline, de telle sorte qu'on pourrait se les représenter comme autant de petites ampoules, dont les parois tiendraient en réserve, avec des principes spéciaux, une partie de ceux que contient aussi le sérum intérieur.

» En confirmant les prévisions de MM. Dumas et Prévost, d'après les- quels, dans le sang, l'eau existerait tout entière à l'état de sérum, ce résul- tat fait disparaître l'objection grave que soulevait leur procédé d'analyse. V l'incontestable facilité d'exécution qui l'avait fait adopter par la plupart des expérimentateurs, ce procédé joint une précision qu'on lui avait au contraire contestée.

» On devra, toutefois, ne pas oublier que la différence entre le poids du caillot sec et la somme des matières fixes du sérum, représente le poids des matériaux spéciaux aux globules (hématosine, globuline), et non plus celui des globules eux-mêmes.

» Les analyses de MM. Dumas, Prévost, Denis, And rai, Gavarret, Bec- querel, Rodier, Lassaigne, Delafond, F. Simon et les miennes, se trouvent donc à l'abri d'une cause d'erreur qu'eussent rendue profondément regret- table les importantes conséquences qu'en ont déduites les médecins et les physiologistes.

» Si ces nouvelles expériences, cette sorte d'anatomie du sang; ont ré- solu quelques-unes des délicates et difficiles questions que j'abordais ; si, en démontrant la justesse des données qui leur ont servi de base, elles font davantage encore ressortir l'utilité des longs et consciencieux travaux que je viens de rappeler, je m'estimerai doublement heureux de les avoir entre- prises. »

. ( '4 )

optique. Mémoire sur les anneaux colorés ; par M. J. Jami.v.

(Extrait.)

(Commissaires, MM. Arago, Cauchy, Babinet.)

« M. Arago, en étudiant avec un analyseur la lumière des anneaux colo- rés réfléchis ou réfractés, a montré qu'elle éprouvait des modifications, aujourd'hui trop connues pour qu'il soit utile de les rappeler. Je me pro- pose, dans ce Mémoire, d'ajouter quelques faits à ceux découverts par cet illustre physicien, de faire voir que la théorie de Fresnel est insuffisante pour les prévoir, tandis que les formules de M. Cauchy peuvent en donner une explication complète ; je terminerai par l'étude de déformations singu- lières des anneaux réfléchis ou réfractés dans le voisinage de la réflexion totale.

» Quand le plan de polarisation de la lumière coïncide avec celui d'in- cidence sur la lame mince, les lois des diamètres des anneaux sont celles que Newton a fait connaître; mais elles se modifient notablement quand le rayon incident est polarisé perpendiculairement.

» Commençons par les anneaux réfléchis.

» Si l'incidence augmente d'une manière continue, et que nous suppo- serons uniforme, l'éclairement général diminue progressivement, et l'on voit les diamètres des anneaux augmenter d'abord jusqu'à une certaine limite, y rester quelque temps stationnaires et diminuer ensuite avec une grande vitesse jusqu'à l'angle de polarisation. A ce moment, la tache noire a disparu, elle a fait place à un espace éclairé, chaque anneau obscur a pris la place de l'anneau brillant qui le précédait, et les interférences en chaque point ont été augmentées d'un quart d'ondulation : ce sont les an- neaux à centre blanc.

» En continuant d'incliner la lame mince, l'éclairement général augmente et le rétrécissement des anneaux se poursuit. Bientôt le premier anneau obscur Occupe le point de contact des verres et se réduit en une nouvelle tache centrale; le second anneau est devenu le premier, l'ordre de chacun d'eux a diminué d'une unité, comme si en chaque point l'interférence avait augmenté d'une demi-longueur d'onde. Quand cette évolution complète est terminée, les anneaux restent un instant stationnaires, puis ils croissent et reprennent peu à peu la place que leur assigne la théorie ordinaire.

» Quand le rayon incident est polarisé dans un flan quelconque, on peut à volonté produire, dans le rayon réfléchi, ou les apparences des anneaux

( «5) à centre noir, ou celles des anneaux transmis ; il suffit de faire .varier la position de l'analyseur.

» Si la section principale de l'analyseur est à 90 degrés, on voit les an- neaux à centre noir dans l'image extraordinaire. Mais il existe un autre azimut de l'analyseur, qui passe par les valeurs de 45°? o°, + 45" pour les incidences normale, principale et rasante, pour lequel on voit apparaître des «nneaux parfaitement noirs occupant la place des anneaux obscurs qu'on voit par transmission.

» Quand l'expérience est faite sous l'angle de polarisation, on ne voit apparaître que ces anneaux à centre blanc. Quand elle est faite sous des incidences ou très-petites ou très-grandes, on voit en même temps les deux systèmes superposés, c'est-à-dire des anneaux noirs correspondant aux mi- nimas des anneaux réfléchis et des anneaux transmis.

» Sous l'angle de polarisation, on voit dans l'image extraordinaire des apparences très-curieuses quand l'analyseur reçoit un mouvement de rota- tion sensiblement uniforme, en passant par les azimuts go, »8o, 270 degrés. La tache centrale s'agrandit, s'éclaire à son centre et forme un anneau qui croît en diamètre en chassant les autres devant lui et qui prend la place du premier anneau brillant dans l'azimut de 1 80 degrés : puis il continue à croître en même temps qu'une nouvelle tache centrale se forme en son milieu, et le phénomène, ramené à son état primitif dans l'azimut de 270 degrés, éprouve indéfiniment ces transformations, quand on continue la rotation de l'ana- lyseur; on assiste ainsi à la production successive d'anneaux qui naissent au point de contact, et qui, en grandissant, poursuivent ceux qui les pré- cèdent et sont poursuivis par ceux qui les suivent, comme les ondes qui se forment sur la surface d'un liquide dont on agite un point.

» Quand on change le sens de la rotation, on change aussi le sens du mouvement des anneaux, qui diminuent au lieu de croître, et viennent successivement mourir au centre, comme si l'on écartait les deux prismes entre lesquels ils se produisent.

» Des phénomènes analogues se présentent dans les anneaux vus par transmission, quand on a polarisé la lumière incidente dans un plan quel- conque.

* Quand l'analyseur reste parallèle au prisme polarisant, on voit, dans l'image extraordinaire, des anneaux à centre noir, avec les mêmes particu- larités de dispersion qui les signalent dans le rayon réfléchi; seulement, ils sont bien plus brillants et se projettent facilement avec un admirable éclat.

( i6)

» Il existe en outre un autre azimut, dans lequel on voit les anneaux transmis, non pas avec ce caractère douteux et vague qui les rend si diffi- ciles à observer, mais avec autant de netteté que les anneaux réfléchis.

» Ainsi l'on voit successivement apparaître, dans les anneaux transmis, les anneaux à centre blanc et les anneaux à centre noir.

» Tous ces faits, dont quelques-uns sont inexplicables dans la théorie de bresnel, peuvent se calculer par les formules de M. Cauchy.

» Les phénomènes suivants, en dehors des prévisions de la théorie, ne peuvent s'expliquer que d'une manière plus incertaine.

» Quand on produit des anneaux réfléchis entre deux prismes et qu'on les éclaire par la lumière d'un spectre, les anneaux qu'on aperçoit ne pré- sentent, sous une incidence normale, rien de particulier que leur extrême netteté ; quand l'inclinaison augmente, ils grandissent sans que les lignes obscures qui les composent cessent d'être bien accusées ; mais elles subissent une singulière déformation.

» Chaque anneau obscur se borde d'une frange très-brillante immédia- tement en contact avec lui ; elle est extérieure ou sur la convexité du côté des rayons violets, elle est intérieure ou sur la concavité du côté des rayons rouges. On dirait que l'anneau est en saillie sur un fond uniforme, qu'il est éclairé d'un côté et qu'il projette des ombres de l'autre.

» L'inclinaison continuant à augmenter, on voit naître dans l'espace brillant, alors très-étendu, qui sépare deux anneaux noirs, des lignes som- bres dues sans doute à des interférences d'un autre ordre, qui toutes sont bordées d'une frange brillante, et présentent le même aspect que l'anneau principal. Avec une lunette destinée à les grossir, on en compte jusqu'à cinq, et l'on croirait voir une série de petites saillies séparées par de petits sillons; mais ces apparences sont moins accusées que dans l'anneau prin- cipal. Elles gagnent en éclat et en largeur à mesure que les anneaux s'éten- dent, et ne disparaissent que quand on atteint la réflexion totale.

» Des apparences complémentaires se remarquent dans le faisceau transmis.

» Je donne, dans mon Mémoire, une explication de ce phénomène.

» En augmentant l'inclinaison jusqu'à une incidence très-voisine de la réflexion totale, il arrive un moment les anneaux réfléchis et réfractés sont tellement agrandis, qu'ils sortent du champ de vision. On voit alors se produire un phénomène, dont l'aspect est entièrement différent et dont la cause est fort incertaine ; ce sont de nouvelles franges d'interférences, bril-

( '7) lantes et obscures, qui se produisent dans des épaisseurs de lame mince trop faibles pour donner lieu aux anneaux ordinaires, et dont le nombre est très-considérable.

» Le défaut d'espace ne me permet pas de donner de ce phénomène une description complète ; je suis obligé de renvoyer à mon Mémoire, tant pour le détail que pour l'explication de ces sortes d'interférences. »

M. de Valory lit une Note sur une concrétion siliceuse dont les formes générales et les dimensions sont à peu près celles d'une tête humaine.

(Commissaires, MM. Serres, Élie de Beaumont, Constant Prévost.)

MÉMOIRES PRÉSENTÉS.

électricité. Lettre de M. Secchi à M. Arago, datée de Rome le 16 juin i85a, sur la résistance que les fds opposent au courant élec- trique.

(Commissaires, MM. Liouville, Pouillet, Despretz. )

« Je regrette que nos règlements, vu la longueur de la Lettre du P. Sec- chi, ne me permettent pas de l'insérer dans le Compte rendu; mais nous reviendrons sur cette communication aussitôt que les Commissaires nom- més auront fait leur Rapport. L'habile directeur de l'observatoire romain s'offrira alors aux lecteurs sous un jour entièrement nouveau; ils verront en lui, en effet, un observateur très expérimenté dans les questions de phy- sique, et un géomètre au courant de toutes les ressources que peut offrir l'analyse infinitésimale. Disons seulement ici que le but principal du P. Sec- chi est d'expliquer le résultat obtenu par M. Despretz, et suivant lequel la résistance des fils ne serait pas proportionnelle à leur longueur. »

MM. Adolphe et Hermakn Schlagintweit adressent des déterminations hj psométriques qui, vu leur étendue, ne peuvent être insérées dans le Compte rendu; mais nous ne manquerons pas de revenir sur cet objet à l'occasion du Rapport qui doit être fait prochainement sur l'ouvrage éga- lement remarquable au point de vue de la géologie, de la physique du globe et de la météorologie, qu'ont publié en allemand les deux'savants distingués dont nous venons d'écrire les noms.

(Commission précédemment nommée.)

C. R., i85i, 2me Semestre. (T. XXXV, IN» i.) 3

( i8 )

M. M viscii wi) adresse de nouveaux documents à l'appui de sa réclama- tion de priorité touchant la découverte de proportions dosables d'acide nitrique dans les eaux de pluie. La Lettre de M. Marchand, suivant le désir exprimé par lui, est renvoyée à l'examen de la Commission qui a rendu compte des travaux de M. Barrai.

CHIMIE appliquée. Extraction du cuivre par l'ammoniaque; par M. Germain Barri t.i,.

(Commissaires, MM. Dumas, Balard.)

« Un minerai de cuivre, sulfuré, pyriteux, gris, quelque complexe qu'il soit, étant donné, en retirer tout le cuivre, rien que le cuivre, sans grillage et en laissant tout le reste des minerais. Telle est la question que je me suis posée, dans l'intérêt du propriétaire d'un minerai de la Calle en Algérie, que l'on croyait cuivre carbonate, et qui n'était qu'un cuivre gris recouvert de carbonate.

» Guidé par la grande affinité du cuivre pour l'oxygène en présence de l'ammoniaque, j'ai tenté d'abord l'emploi de ce réactif : le succès a été complet. Ce minerai mis en poudre, et placé avec de l'ammoniaque étendue dans un flacon pouvant contenir en outre la quantité d'air suffisante pour fournir au cuivre tout l'oxygène nécessaire à son oxydation, fut agité quel- ques instants, le flacon étant parfaitement bouché; la coloration l'am- moniaque fut instantanée, et l'oxygène absorbé produisit un vide dont il fut facile de s'assurer en renversant le flacon et retirant faiblement le bou- chon, car l'air rentra vivement; la liqueur, débarrassée de l'ammoniaque, laissa l'oxyde de cuivre.

» Le problème était résolu théoriquement, mais il fallait s'assurer si d'au- tres métaux, comme le zinc, le cobalt, le nickel, l'argent, qui auraient pu s'y trouver, et dont les oxydes sont également solubles dans l'ammoniaque, ne se comporteraient pas comme le cuivre. Je traitai donc de la même manière des combinaisons naturelles sulfurées etsulfo-arsenicales de ces métaux : l'ac- tion fut nulle ; on ne retirait donc que le cuivre. Pour m'assurer de l'entière efficacité de l'action, je traitai le résidu, que je supposais épuisé de cuivre, et je n'obtins pas trace de coloration rouge par le prussiâte de potasse; et le problème était ainsi complètement résolu comme expérience de laboratoire.

» Ne pouvant, dans une Note aussi succincte, donner les détails des dif- ficultés que j'ai combattre pour l'application industrielle, je dirai seule- ment qu'après avoir déterminé directement la proportion d'ammoniaque

( '9) nécessaire à l'opération, j'ai trouvé qu'il fallait exactement i équivalent d'am- moniaque pour i